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Le Québec et la Suisse échangent sur le traitement de la dépendance aux opioïdes

C’est à Genève, ville qui célèbre cette année le tricentenaire de la naissance d’un de ses plus

illustres fils, le philosophe Jean-Jacques Rousseau, que s’est déroulée la troisième édition du

Colloque international francophone sur le traitement de la dépendance aux opioïdes les 18 et 19

octobre derniers.

 

Cette conférence scientifique, financée par l’Office fédéral de santé publique de la Suisse et

organisée par la Société suisse de médecine de l’addiction, suit une première rencontre qui a eu

lieu en 2008 à Montréal à l’initiative du Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (Cran)

et une deuxième tenue en 2010 à Paris.

 

Cette année, c’est donc en Suisse romande que se sont rassemblés 400 participants provenant

des pays initiateurs du colloque (la Belgique, le Canada, la France et la Suisse) et, pour la

première fois, de pays francophones du bassin méditerranéen (l’Algérie, l’Égypte, le Liban, le

Maroc et la Tunisie). Heureux concours de circonstances pour tous, la Suisse est un chef de file

mondial en matière de TDO et son leadership politique, scientifique et social continue d’être

une véritable source d’inspiration (il y a 25 ans, on y ouvrait le premier site d’injection

supervisée et cela fait 18 ans qu’on y a recours à la prescription médicale d’opiacés injectables).

 

La passion et l’engagement des chercheurs, médecins, gestionnaires et autres intervenants en

traitement de la dépendance présents étaient palpables. La réussite de cet événement

d’envergure est due à l’implication soutenue du comité international auquel a siégé le Cran

pendant un an, et des comités régionaux, dont celui du Québec qui réunissait Suzanne Brissette

et Pierre Lauzon (CHUM), Pierre Desrosiers (ACRDQ), Guy-Pierre-Lévesque (Méta d’Âme),

Nicole Marois (INSPQ), Richard Cloutier (MSSS) et Pierrette Savard (Cran). C’est grâce au travail

concerté de ces personnes, échelonné sur plus d’un an, et à l’engagement de Madame Ivanka

Stewart-Patterson, responsable des communications au Cran et coordonnatrice du comité

régional, qu’une délégation québécoise enthousiaste et bien préparée a pu participer au

colloque.

 

D’un pays à l’autre, les orateurs étaient de haut calibre : David Nutt, de l’Imperial College, de

Londres, dont l’équipe a élaboré un outil analytique et décisionnel fondé sur la comparaison des

drogues et de leurs méfaits; Ruth Dreifuss, membre de la Commission mondiale pour la

politique des drogues et ancienne présidente de la Suisse; Thomas Zeltner, président de la

Fondation Science et Cité et ancien directeur de l’Office fédéral de santé, et bien d’autres

encore. Le Québec n’était d’ailleurs pas en reste avec la présentation de Louis Letellier de StJust,

président du CA de Cactus Montréal, qui a porté sur les enseignements et lendemains du

jugement de la Cour suprême dans la cause d’InSite, de Vancouver, ainsi que celles de Carole

Morissette, médecin-conseil à la Direction de santé publique de Montréal, et d’Alain Poirier, 2

ancien directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint, qui ont participé tous deux

à une Table ronde énergique sur le cheminement politique de l’innovation en matière de TDO. À

ces interventions se sont ajoutées les présentations inspirées et inspirantes de représentants du

Cran, de l’ACRDQ, de l’INSPQ, du CHUM, du CRD Laval, du Centre l’Escale (Gaspésie-Îles-de-la

Madeleine), et du CSSS Pierre-Boucher.

 

Le colloque a été précédé d’une mission scientifique québécoise de deux jours organisée par le

Cran et brillamment menée par Richard Cloutier, du MSSS. Au programme, entre autres, une

visite du site d’injection supervisée Quai 9 (un petit édifice peint d’un joyeux vert pomme qui

s’intègre bien dans le paysage urbain de Genève); du service médical du centre pénitentiaire

Champ-Dollon, qui dispense aux détenus des traitements de substitution, pratique la

prescription médicale d’opioïdes et effectue l’échange de matériel de consommation

sécuritaire; et de la Fondation Phénix, un centre de traitement qui n’éprouve pas de problème

de recrutement médical (!), la dépendance aux opioïdes étant considérée en Suisse comme une

maladie chronique et bénéficiant de ressources en traitement supérieures à celles qu’on trouve

ailleurs. Bref, ces visites ont donné lieu à des échanges et un partage de connaissances précieux

entre acteurs engagés des TDO des deux côtés de l’Atlantique. Le prochain colloque TDO (et,

nous l’espérons, une nouvelle mission) aura lieu en octobre 2014 à Bruxelles, en Belgique.

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