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Premier état des lieux sur le nouveau traitement avec prescription d’héroïne

Source : http://mapinc.org/temp/30OPyk0KgYvvw.html

Une population restreinte de consommateurs chroniques
d’héroïne, réputés jusque-là «impossibles à traiter», bénéficie aujourd’hui
d’un nouveau type de thérapie utilisant l’héroïne médicinale comme drogue de
substitution. Dans un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’Observatoire
européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), les experts qualifient ce
développement de «véritable avancée clinique».

Ce rapport, intitulé New heroin-assisted treatment, établit un premier état
des lieux de la recherche sur ce sujet et examine les derniers éléments et
expériences cliniques en date en la matière en Europe et ailleurs dans le
monde.

La prescription de drogues de substitution (p. ex. la méthadone ou la
buprénorphine) est devenue un traitement courant de première intention de la
dépendance aux opiacés, dont bénéficient quelque 700 000 usagers d’opiacés à
problème sur les 1,3 million que compte l’Europe. Cependant, une petite
minorité d’usagers fortement dépendants se montre constamment réfractaire à
ce type de traitement. Les résultats d’essais internationaux laissent
désormais à penser que l’utilisation supervisée d’héroïne médicinale peut
constituer un traitement de seconde intention pour ce petit groupe qui ne
répond pas aux autres traitements.

«Le nouveau traitement à l’héroïne a suscité à la fois un vif intérêt, des
polémiques et bien souvent une certaine confusion», a déclaré le directeur
de l’OEDT, Wolfgang Götz. «Avec l’Europe à la proue des études sur cette
nouvelle approche et de sa mise en œuvre, l’OEDT se réjouit de présenter les
résultats des principales études contemporaines en la matière ainsi que des
expériences cliniques et politiques rapportées par les pays concernés. Notre
but ici n’est pas de défendre ce nouveau traitement, mais d’informer. Nous
espérons que ce rapport aidera les législateurs et praticiens à tirer leurs
propres conclusions sur ce type de traitement dans leur contexte national
respectif.»

Le rapport contient les résultats d’une revue sur le traitement à base
d’héroïne par la Cochrane Drugs and Alcohol Group, ainsi que les résultats
d’une méta-analyse des grandes études réalisées. La Collaboration Cochrane
est l’autorité mondiale en matière de promotion des soins de santé fondés
sur des données probantes via des analyses systématiques de ces données.

Le traitement par injections d’héroïne sous supervision médicale a été
introduit pour la première fois en Suisse au milieu des années 1990 en
réponse à un problème croissant de consommation d’héroïne au niveau
national. Cette nouvelle approche constituait une avancée par rapport à la
prescription d’héroïne sans supervision médicale pratiquée au début du XXe
siècle aux États-Unis et tout au long du siècle au Royaume-Uni.

Au cours de ces quinze dernières années, six pays, au sein et à l’extérieur
de l’Europe, ont testé cette nouvelle approche clinique. Aujourd‘hui ce
traitement est disponible légalement pour les usagers d’opiacés de longue
durée réfractaires à tout autre traitement au Danemark, en Allemagne, aux
Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suisse, et uniquement dans le cadre d’essais
menés à des fins de recherche en Espagne et au Canada.

En 2011, quelque 2 500 consommateurs d’héroïne ont bénéficié de ce
traitement dans l’UE et en Suisse.

Ce nouveau traitement est administré sous supervision médicale directe pour
garantir la sécurité et pour empêcher tout écoulement de la diacétylmorphine
(héroïne à usage thérapeutique) sur le marché noir. Dispensé dans des
cliniques spécialisées, ouvertes toute l’année, il vise à réduire
l’utilisation d’héroïne «de rue» par les patients et leur implication dans
des activités criminelles ainsi qu’à améliorer leur bien-être et leur
intégration sociale.

Selon le rapport, les essais réalisés depuis le milieu des années 1990
fournissent de «solides preuves» que, pour ce groupe spécifique d’usagers
d’héroïne de longue durée, le traitement par injections d’héroïne sous
supervision médicale peut être plus efficace que les traitements à la
méthadone par voie orale. Ils ont révélé que le traitement avec prescription
d’héroïne pouvait entraîner une «amélioration substantielle» de la santé et
du bien-être du groupe, une «réduction majeure» de leur consommation
continue d’héroïne «de rue», un «retrait majeur de toute activité
criminelle», telle que des délits commis en vue du financement de leur
consommation de drogues et une «amélioration notable de leur fonctionnement
social» (p. ex. logement stable, taux d’emploi plus élevés).

En ce qui concerne la pratique clinique, le rapport met en lumière «une
forte cohérence» entre les pays (p. ex. utilisation de lignes directrices),
mais souligne que «des précautions cliniques restent vitales». Bien que le
taux de mortalité s’avère similaire pour les patients bénéficiant de ce
nouveau traitement et pour ceux bénéficiant du traitement à la méthadone, le
risque d’effet non désiré tel qu’une overdose mortelle est plus élevé chez
les premiers, d’où la nécessité de former les équipes cliniques aux
situations d’urgence.

«Il ne s’agit pas simplement d’offrir de l’héroïne à des consommateurs de
cette substance», ajoute Wolfgang Götz. «Il s’agit d’un système de
traitement extrêmement réglementé, ciblant un groupe de patients
particulièrement difficiles à traiter. Bien que le groupe traité à l’aide de
cette méthode soit restreint, les conséquences de l’utilisation de drogues
de longue durée parmi ses membres sont lourdes. Offrir un traitement
efficace à ces personnes peut permettre de réduire les dépenses associées à
la toxicomanie.»

Selon des évaluations économiques menées dans trois pays (Suisse, Allemagne
et Pays-Bas), le coût d’un programme de maintenance à l’héroïne serait
compris entre 12 700 et 20 400 euros par patient et par an, soit des
chiffres significativement plus élevés que dans le cas d’un programme de
traitement à la méthadone (entre 1 600 et 3 500 euros par patient et par
an).

Cependant, les essais montrent que le coût plus élevé d’un traitement à
l’héroïne pour ce groupe cible extrêmement problématique est compensé par
«des économies de taille pour la société», notamment une réduction des
dépenses associées aux procédures pénales et aux peines d’emprisonnement.
Les économies sociétales réalisées par personne et par an grâce à ce
traitement ont été estimées à 15 000 euros aux Pays-Bas, à 13 000 euros en
Suisse et à 6 000 euros en Allemagne. Selon le rapport, «si une analyse
coût/utilité prend en compte tous les paramètres pertinents, en particulier
ceux liés au comportement criminel, le traitement par injections d’héroïne
sous supervision médicale permet de réaliser des économies».

Le rapport signale que le prochain défi sera d’établir un «système
opérationnel viable» afin de fournir un traitement à l’héroïne aux usagers
gravement atteints sans pour autant délaisser les patients qui suivent un
traitement de substitution plus conventionnel. Des études cliniques et des
travaux de recherche pourraient également être menés afin d’enquêter sur les
perspectives à long terme des patients bénéficiant du nouveau type de
traitement, les différentes voies d’administration de la diacétylmorphine
(orale, intranasale) ou d’autres opiacés injectables.

«Si le traitement à l’héroïne peut compléter utilement notre ‘panoplie de
soins’ pour les usagers d’opiacés, il n’est pas une solution au phénomène de
l’héroïne», peut-on lire dans le rapport. «Mais pour ceux qui répondent à ce
traitement, les bienfaits pour eux-mêmes, leur famille et la société sont
considérables.»

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