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Itinérants: investir dans la gestion de crise

Texte publié originalement sur LaPresse.ca

Outre d’apeurer le «bon monde» et de ne pas être sexy du tout, le phénomène de l’itinérance procède de plusieurs problématiques de santé physique et mentale reliées à une judiciarisation à outrance, l’absence d’infrastructures adéquates, la pénurie de loyers abordables et une stigmatisation généralisée dont sont victimes les quelque 25 000 à 35 000 personnes qui végètent dans les centres-villes de Montréal et Québec.

En fait, il s’agit d’un phénomène complexe, noueux et très touffu, qui se nourrit de l’incurie, des vicissitudes et des inégalités sociales de notre système, et qui nécessite d’être bien compris si l’on veut éviter la catastrophe! Les cas malheureux de Mario Hamel, Mohammadi Farsad, Claudio Castagnetta – pour ne citer que les plus récents – ne sont (hélas) que la pointe de l’iceberg vers lequel on vogue allègrement…

Doit-on rouvrir les asiles? Pour faire écho au reportage sur le sujet paru dans La Presse, je serais plutôt en accord avec les psychiatres Farmer et Lesage, quant à la possibilité de rouvrir des départements d’asiles pour y soigner des personnes itinérantes dont l’état physique et mental serait jugé trop précaire pour espérer jouir à l’extérieur d’un quelconque espoir de rétablissement… Cela, à condition, bien sûr, d’avoir l’assentiment de ces personnes et à condition aussi de ne pas prendre l’habitude de « ré-enfermer » des gens selon les humeurs et les caprices de nos « élites » ou selon la logique comptable des politicailleux et des technocrates de l’état québécois. Je parle de ceux-là même à qui nous sommes redevables d’échecs aussi notoires que la désinstitutionalisation, la mise à la retraite massive des médecins et des infirmières, notre système de santé défaillant, la réforme scolaire, et j’en passe.

Par ailleurs, je joins ma voix à tous ceux qui réclament à cors et à cris une plus grande formation en santé mentale des policiers, de même qu’un meilleur arrimage entre les premiers intervenants (policiers, ambulanciers, etc.) et les groupes spécialisés en matière de gestion de crise: EMRI, UPJ, PEECH, centres de crise, de prévention du suicide et autres.

Aussi, plutôt que d’injecter des millions dans des projets d’autopromotion plus ou moins fumeux, il serait préférable que les autorités concernées investissent plus d’argent pour former en plus grand nombre des intervenants aptes à gérer des situations de crise. Les centaines de cas (au cours des dernières années) d’itinérants molestés, écroués ou abattus pour de mauvaises raisons, nous l’auront aussi largement démontré.

Finalement, en matière de santé mentale comme en matière d’itinérance, on gagnerait beaucoup à naviguer en amont plutôt qu’en aval… Par exemple, outre d’investir d’avantage dans le logement social et dans la consolidation des structures déjà existantes (RNI et autres), on devrait «reconnaître» de façon nettement plus systématique l’action des différentes Coalitions d’organismes communautaires qui oeuvrent en itinérance et en santé mentale. On parle ici de plusieurs centaines de groupes, voire de milliers de personnes qui travaillent en première ligne et grâce à qui le fardeau des institutions reconnues (hôpitaux, cours de justice, CSSS…) est beaucoup moins lourd. Des gens, faut-il le rappeler, qui évoluent dans des conditions précaires et qui doivent gaspiller beaucoup de temps à la seule recherche d’un minimum de financement pour leur fonctionnement. Des personnes, enfin, qui ont à coeur de propager et d’appliquer des notions comme la réappropriation du pouvoir et le rétablissement des personnes pour elles-mêmes, par elles-mêmes… Deux notions de base universelles et essentielles à toute tentative de renverser la vapeur en matière d’itinérance et de santé mentale!

Gilles Simard

L’auteur est journaliste, intervenant en santé mentale et ex-psychiatrisé.

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