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Épidémie de surdose à Montréal

Épidémie de surdose à Montréal
Des médicaments légaux pointés du doigt
Agence QMI
Charles Lecavalier
10/02/2012 01h39

Les toxicomanes réduisent les médicaments antidouleur en poudre, les diluent avec de l’eau puis les font chauffer et se les injectent.
© AFP

MONTRÉAL – Au moment où l’administration Tremblay dit non à l’établissement d’un service d’injection supervisée dans le milieu communautaire, le nombre de morts causés par une surdose dans les rues de la métropole a dangereusement augmenté.
De 2000 à 2005, on a comptabilisé 51 décès par année en moyenne à la suite d’une surdose à Montréal. De 2006 à 2009, cette moyenne a explosé, passant à 72 morts par année. Selon la Direction de la santé publique de Montréal (DSP), cette augmentation significative est attribuable en grande partie aux opioïdes médicamenteux, comme le Dilaudid ou l’OxyContin.
Les toxicomanes réduisent ces médicaments antidouleur en poudre, les diluent avec de l’eau puis les font chauffer et se les injectent avec une seringue directement dans les veines. Leur popularité est telle qu’ils ont déclassé l’héroïne et arrivent désormais à la deuxième place des drogues les plus injectées après la cocaïne.
« Il y a une grande disponibilité sur le marché noir et son coût est faible », a expliqué la Dre Carole Morissette, de la DSP. Ainsi, selon une enquête réalisée en collaboration avec l’organisme de santé publique, la proportion des toxicomanes interrogés qui s’est injectée du Dilaudid au cours des six mois précédents avait doublé entre 2003 et 2008, passant de 27 à 54 %.
Ravages
Injectés à l’aide d’une seringue, ces médicaments conçus pour être ingérés et pouvant produire des effets jusqu’à 12 heures libèrent d’un seul coup toute leur puissance. « On connaît très mal les effets de ces médicaments lorsqu’ils sont injectés », a dit la Dre Morissette.
Les nouvelles pratiques d’injection – certains toxicomanes peuvent se piquer 11 ou 12 fois par jour – font aussi craindre une augmentation des infections au VIH et au virus de l’hépatite C.
De l’ordonnance jusqu’à la rue
Fait inquiétant, les médicaments prisés par les toxicomanes, le Dilaudid et l’OxyContin en tête de liste, ne peuvent être obtenus que sous ordonnance écrite d’un médecin. Pour donner une ampleur du problème, environ 15 millions d’injections, toutes drogues confondues, seraient pratiquées chaque année à Montréal.
« Certaines personnes peuvent consulter plusieurs médecins pour obtenir un maximum de prescriptions, mais nous les surveillons grâce au programme ALERTE, a expliqué Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.
Il y a aussi de fausses ordonnances, des vols de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux et la vente de médicaments par Internet. »
Le programme ALERTE permet le repérage et le fichage des délinquants qui abusent de médicaments obtenus après consultation de multiples prescripteurs et pharmaciens ou obtenus au moyen d’ordonnances fausses ou falsifiées. Sans grande surprise, les deux médicaments ayant déclenché le plus souvent le programme ALERTE en 2011 sont le Dilaudid et l’Oxycontin, deux opioïdes très populaires dans la rue. ENCADRÉ : Bye bye OxyContin L’OxyContin, un puissant antidouleur, a été remplacé depuis un mois par l’OxyNeo en réaction à son usage illégal dans la rue. « Il s’agit du même médicament, mais lorsqu’on tente d’écraser le comprimé et de le mélanger avec de l’eau, il se transforme en gel. Ainsi, il devient impossible de se l’injecter », a expliqué Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

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