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Sites d’injection supervisée à Montréal: la Santé publique dit ou

 

Publié le 16 décembre 2011 à 09h27 | Mis à jour le 17 décembre 2011 à 09h23

Sites d’injection supervisée à Montréal: la Santé publique dit oui

En septembre 2011, la Cour suprême du Canada a rendu un jugement unanime en faveur du SIS Insite à Vancouver.

  Ariane Lacoursière
La Presse

S’il n’en tient qu’à la Direction de santé publique de Montréal, quatre nouveaux centres d’injection supervisée verront le jour dans la métropole d’ici un an, car l’implantation de tels services est «incontournable». Une affirmation vivement contestée par les résidants du centre-ville.

En septembre 2011, la Cour suprême du Canada a rendu un jugement unanime pour un site d’injection supervisée (SIS) InSite à Vancouver. Ce jugement ouvrait la porte à la création de tels centres au Québec.

Un groupe de travail formé par la Direction de santé publique de Montréal devait étudier la faisabilité d’un tel projet dans la métropole. Ce comité, qui regroupait entre autres des représentants du corps policier, d’organismes communautaires, de citoyens et d’utilisateurs de drogue par injection, a conclu que Montréal doit non seulement se doter d’un SIS, mais de plusieurs. Il recommande la création de trois centres fixes et d’un mobile.

Les quatre territoires envisagés pour accueillir un SIS sont ceux des centres de santé et de services sociaux Jeanne-Mance, Lucille-Teasdale, Sud-Ouest-Verdun et de la Montagne.

Le directeur de la santé publique de Montréal, le Dr Richard Lessard, explique que deux raisons justifient la création de centres d’injection à Montréal: la surmortalité alarmante des toxicomanes et l’épidémie des infections causées par le VIH et l’hépatite C.

Parmi les utilisateurs de drogues injectables de la métropole, 68% sont infectés par le virus de l’hépatite C et 18% par le VIH. Le nombre de décès par intoxication dans cette population est passé de 51 dans la période 2000-2005 à 72 de 2006 et 2009, une situation jugée inquiétante.

 

 

 

En créant des SIS, le Dr Lessard prévoit diminuer le taux de maladie et de décès chez les toxicomanes. Interrogé pour savoir s’il ne serait pas préférable d’investir dans la prévention, le Dr Lessard est clair: «On investit déjà en prévention. Mais il y a un groupe pour lequel ça ne fonctionne plus […] La Cour suprême est claire: il s’agit d’une maladie et il faut aider ces gens.»

Le coût exact du projet reste inconnu. Mais selon le Dr Lessard, créer des SIS ne sera pas si coûteux puisqu’il suffira d’engager une dizaine d’infirmières et d’acheter du matériel comme des tables et des chaises. Les économies engendrées seraient au contraire importantes. Notamment, le nombre de surdoses diminuerait, faisant chuter du même coup les transports ambulanciers et les consultations aux urgences.

Bémols

Pour implanter ces centres efficacement, un plan de suivi étroit, qui veillera notamment à l’acceptation sociale du projet, devra, entre autres, être dressé, conclut le groupe de travail. Car l’ouverture de SIS ne fait pas que des heureux.

La Coalition des associations de résidants de Ville-Marie s’oppose au projet «tel que proposé dans les conditions actuelles». Le président de l’Association de résidants des Faubourgs, Gaétan Paquette, explique que les citoyens du centre-ville souhaitent que des SIS soient ouverts dans plusieurs régions. «Parce que sinon, on craint que ça ne fasse comme avec les itinérants. Parce que les services seront centralisés au centre-ville, on va y attirer une clientèle croissante», dit-il.

Le Dr Lessard reconnaît que «ce ne sont pas tous les citoyens qui seront d’accord» avec le projet. «On comprend leurs craintes. Mais ces craintes ne se sont jamais concrétisées là où de tels sites ont été implantés», note le Dr Lessard, qui explique que 90 SIS existent dans le monde.

Au contraire, l’expérience d’InSite à Vancouver a permis de diminuer le nombre de personnes s’injectant en public et le nombre de seringues laissées à la traîne. «Et on n’a pas noté une hausse des perturbations dans le quartier», dit la responsable médicale de l’équipe des infections transmises sexuellement à la direction de santé publique, la Dre Carole Morissette.

Vendredi après-midi, la Ville de Montréal a donné son appui au projet, mais à trois conditions: que les services soient fournis à plusieurs endroits, qu’ils soient ouverts de façon simultanée et que ce soit dans des établissements relevant du système de santé.

«Nous ne voulons pas qu’il y ait concentration d’usagers dans un secteur donné, a expliqué Jocelyne Ann Campbell, responsable du développement social et communautaire au comité exécutif. Pas question non plus qu’il y ait un projet-pilote quelque part et qu’on attende les résultats pour ouvrir d’autres sites.»

Le service d’injection supervisée, rappelle la conseillère, est un acte médical qui doit être pratiqué dans le cadre du système de santé. L’ouverture d’un site dans le centre-ville représente de plus un défi particulier, a-t-elle précisé, avec sa concentration de problèmes sociaux complexes.

Au cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc, on explique que l’avis de la direction de santé publique est «une bonne base», mais qu’il faut encore travaillé pour créer un projet qui fasse consensus».

Dans les SIS, les usagers peuvent venir s’injecter des drogues qu’ils apportent, sous la supervision d’un personnel qualifié. Une exemption à la loi doit être adoptée pour permettre la possession de drogues illégales à l’intérieur de l’établissement. L’attachée de presse de M. Bolduc, Marie-Ève Bédard, explique que pour que le gouvernement fédéral accepte de faire une exemption à la loi, le consensus social autour du projet devra être présent

 

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