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Des vaccins pour traiter la dépendance sont en test

Est-ce que les usagers de drogues devraient être vaccinés pour les aider à s’en sortir?

Certaines autorités en la matière, comme le bioéthicien Arthur Caplan, de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie, ont suggéré de contraindre les toxicomanes à la prise de médicaments comme la naltrexone, qui freinent les «highs» qu’ils recherchent.

La mort récente de la chanteuse Amy Whinehouse, qui avait des problèmes de drogue et d’alcool très bien documentés, et la publication la semaine dernière d’une recherche sur un vaccin d’héroïne et d’un médicament anti-cocaïne, ont soulevé une nouvelle fois la question.

Kim Janda et ses collègues de la Scripps Research Institute de La Jolla, en Californie, ont créé un véritable cocktail comme vaccin. Sa composition consiste d’une haptène (une molécule provoquant le système immunitaire) semblable à l’héroïne, liée à une protéine porteuse et mélangée avec de l’alun, un adjuvant qui stimule davantage le système immunitaire.

Le vaccin entraîne le système immunitaire à noyer les molécules d’héroïne avec des anticorps comme si la drogue était un organisme envahissant. De cette façon, la drogue est tenue prisonnière dans le système sanguin avant qu’elle puisse atteindre le cerveau.

L’équipe de Janda a utilisé des rats équipés de cathéters pour tester le vaccin. Le principe étant que les rats recevaient une dose d’héroïne directement dans le sang (par le cathéter) lorsqu’ils appuient sur un levier. Tous les rats non vaccinés ont poussé le levier fournissant l’héroïne fréquemment et avec empressement, alors que seulement trois des sept rats vaccinés agissaient comme s’ils étaient dépendants. (Journal of Medicinal Chemistry, DOI: 10.1021/jm200461m)

Pendant ce temps, Zheng-Xiong Xi et ses collègues de la National Institute on Drug Abuse de Baltimore, au Maryland, ont étudié des souris qui comme les rats, avaient un cathéter qui leur donnait de la cocaïne lorsqu’ils appuyaient sur un levier. Xi a donné aux rongeurs dépendants, une drogue qui se lie au récepteur de cannabinoïdes CB-2 dans le cerveau, inhibant l’activité de dopamine et arrêtant ainsi le «high» de la cocaïne. Le résultat étant que les souris qui ont reçues le médicament ont appuyé sur le levier beaucoup moins souvent et elles ne courraient pas partout comme celles qui étaient sur un «high». (Nature Neuroscience, DOI: 10.1038/nn.2874)

Si ces vaccins étaient adaptés avec succès aux humains, les deux traitements seraient très utiles aux personnes en sevrage, entre autre pour contrôler les rechutes. Les vaccins contre la cocaïne et la nicotine qui ont étés testés jusqu’à maintenant n’ont pas réussi à atteindre le niveau de succès des tests sur les animaux. Ils génèrent des niveaux d’anticorps assez élevés dans environ un tiers des cas seulement.

Toutefois, les chercheurs restent investis dans les vaccins anti-addiction parce que contrairement aux médicaments standards qui agissent sur le système nerveux central, les vaccins devraient produire moins d’effets secondaires et des bénéfices agissant plus longtemps.

Une des préoccupations envers ces vaccins est que les personnes qui les utilisent finissent par avoir une overdose en essayant d’outrepasser le fait que le vaccin bloque leur «buzz». L’autre préoccupation majeure est qu’ils pourraient être tentés d’utiliser d’autres drogues très dangereuses, souvent fabriquées maison, qui ne seraient pas bloquées par le vaccin. Dans une étude, certaines usagers de cocaïne qui ont reçu un vaccin expérimental, se retrouvaient avec 10 fois plus de cocaïne dans leur sang que la norme dans une tentative de trouver un «high». Cette compensation est particulièrement probable si le vaccin est mis en œuvre par coercition légale, ce qui donne au toxicomane le choix entre la prison ou la thérapie vaccinale.

«Avant que n’importe quel vaccin arrive sur le marché nous devons trouver des solutions à ces considérations éthiques,» dit Kathleen Kantak, de l’université de Boston. «Ce devrait toujours être un choix personnel d’être immunisé. Les traitements auront du succès seulement si l’individu est motivé à arrêter de consommer, autrement il trouvera des façons de contourner l’immunité à la drogue.»

Wayne Hall, de l’université de Queensland, à Brisbane en Australie, soulève plusieurs questions éthiques concernant les vaccins et les médicaments qui combattent les drogues addictives. Bien que les anticorps que les vaccins génèrent s’amenuisent quelques mois après l’injection, ils ne disparaissent jamais complètement. Des employeurs pourraient alors discriminer injustement les anciens usagers de drogue s’ils détectaient des anticorps dans un test sanguin.

Source de l’article original (en anglais) : http://www.newscientist.com/article/dn20730-antiaddiction-drugs-face-more-than-medical-issues.html

 

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