Photo: Toby Talbot Associated Press/La Presse canadienne Début mai, Purdue Pharma, la pharmaceutique américaine qui fabriquait l’OxyContin, a accepté une entente à l’amiable qui prévoit qu’elle versera 20 millions de dollars à des milliers de Canadiens.

Le Québec se penche sur l’entente entre le fabricant et les plaignants

Source : Le Québec se penche sur l’entente entre le fabricant et les plaignants | Le Devoir

Incapable de tolérer la douleur d’une arthrose cervicale, François Michaud prenait quotidiennement 120 milligrammes d’OxyContin lorsqu’il a décidé d’entamer une longue bataille contre la pharmaceutique derrière ce puissant opioïde. Le combat qu’il mène avec des centaines d’autres plaignants aura duré dix ans. Mercredi, c’était au tour des tribunaux du Québec de se pencher sur l’entente à l’amiable de 20 millions de dollars que leur versera Purdue Pharma.

 

« La somme est dérisoire lorsqu’on sait tout le mal que ça nous a causé. Notre santé, on ne pourra pas la racheter, mais je suis quand même heureux que Purdue Pharma ne s’en sorte pas indemne », confie M. Michaud.

 

Début mai, la pharmaceutique américaine qui fabriquait l’OxyContin a accepté une entente à l’amiable qui prévoit qu’elle versera 20 millions de dollars à des milliers de Canadiens qui ont intenté une action collective contre elle. En 2007, l’entreprise avait aussi réglé aux États-Unis pour plus de 600 millions.

 

Dépendance

Au Canada, on plaidait que la compagnie savait que l’OxyContin, nom commercial de l’oxycodone, un analgésique dérivé de l’opium, créait une très forte dépendance, mais que ces risques n’ont jamais été présentés aux consommateurs.
Comme des milliers d’autres Canadiens, M. Michaud est devenu accro à l’OxyContin. « Je n’en reviens toujours pas qu’on m’ait prescrit ça. J’ai commencé avec 10 milligrammes par jour et, en quelques mois, mon médecin a ajusté ma prescription jusqu’à atteindre 120 milligrammes par jour », raconte-t-il.

 

L’homme originaire de Lévis avait commencé à ressentir des douleurs au cou en 2005. Pour soulager ses maux, son médecin lui avait prescrit de l’OxyContin.

 

« Je vais m’en souvenir toute ma vie. Il m’a dit que c’était moins nocif pour le foie que des Tylenols », mentionne l’homme, qui était loin de se douter qu’un jour le terme « toxicomane » lui collerait à la peau.

 

La dépendance s’est manifestée sans tarder. Les doses prescrites n’ont vite plus suffi pour calmer la douleur qui envahissait son corps.

 

« Au bout de 10 mois, je ne me reconnaissais plus. J’avais l’impression d’être drogué. Je suis allé voir mon médecin parce que mentalement ça m’affectait. J’avais l’impression de devenir fou. J’étais tout le temps en manque et ce que le médecin a fait, c’est me conseiller de continuer à en prendre. Il me disait d’au moins attendre que ça fasse un an pour évaluer l’effet », se souvient M. Michaud.

La somme est dérisoire lorsqu’on sait tout le mal que ça nous a causé

François Michaud, victime de l’OxyContin

 

Un compromis

Des cas comme le sien, liés seulement à la dépendance à l’OxyContin, il y en aurait quelque 500 au Québec, mentionne Me Karim Diallo, avocat qui représente les plaignants du Québec.

 

Au total, l’avocat estime qu’il pourrait y avoir jusqu’à 2500 « réclameurs potentiels ». Déjà, 1600 Canadiens se sont manifestés.

 

« Le montant de la compensation dépendra du dossier de chaque plaignant. Un règlement à l’amiable, c’est toujours un compromis. On accepte qu’on n’aura pas 100 % de ce qu’on souhaite, mais on ne se retrouvera pas à 0 % non plus », rappelle-t-il.

 

L’entente doit être approuvée par les tribunaux des quatre provinces où a été entamé l’action collective pancanadienne pour que les plaignants reçoivent leur compensation. L’Ontario et la Nouvelle-Écosse l’ont déjà approuvée. Le Québec rendra sa décision dans les prochains jours et le 24 août ce sera au tour de la Saskatchewan de se pencher sur la question.

 

Malgré l’entente à l’amiable, Purdue Pharma nie toute responsabilité envers les patients. Dans une déclaration transmise en mai dernier par sa directrice des communications, Sarah L. Manley Robertson, elle affirme que « les médicaments antidouleur demeurent un traitement sécuritaire et efficace. […] Malheureusement, un mauvais usage et l’abus de médicaments antidouleur peuvent entraîner des conséquences tragiques, notamment la dépendance, les surdoses et la mort », a-t-elle dit. Une déclaration qui révolte M. Michaud.

 

« Ça n’a pas de bon sens, ça a complètement détruit ma vie. J’ai dû arrêter de travailler, je n’étais plus capable de marcher. Rien pour aider un couple. Ma conjointe et moi nous sommes séparés », confie M. Michaud.

 

Dix ans plus tard, l’homme de 56 ans est toujours dépendant aux opioïdes. Bien que le médicament ait été retiré du marché en 2012, sa nouvelle version, l’OxyNeo, ainsi que des copies génériques sont toujours prescrites.

 

« J’espère vraiment que les autres plaignants ne sont pas aussi finis que moi. Imaginez toutes les vies brisées », conclut-il.

 

La Dre Marie-Ève Goyer, médecin au Centre de recherche et d’aide pour narcomanes du CIUSSS Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, voit de plus en plus de patients qui n’avaient jamais pris de drogue avant de devenir accros aux opioïdes.

 

« On ramasse les conséquences d’une période où on a sous-estimé la prescription des opioïdes […] On est en train d’apprendre douloureusement notre leçon », souligne la Dre Goyer.

 

Depuis son approbation par Santé Canada en 1996, l’OxyContin a causé des centaines de décès par surdose.

 

L’Agence de la santé publique du Canada révélait, mi-juin, que 2458 Canadiens étaient décédés de causes liées à la consommation d’opioïdes l’an dernier. Des statistiques qui n’incluaient toutefois pas le Québec. Les seules données de la province proviennent du Bureau du coroner du Québec, dont les dernières statistiques datent de 2015 : 133 décès par intoxication aux opiacés, 30 décès par intoxication accidentelle au fentanyl.

Un médicament qui entraîne une forte dépendanceL’OxyContin est un antidouleur qui a été autorisé par Santé Canada en 1996. Il a été retiré du marché en 2012 pour être remplacé par l’OxyNeo. « Son marketing s’est fait autour [du fait] qu’il n’était pas nocif. Plusieurs médecins l’ont prescrit à des patients qui présentaient des douleurs chroniques alors qu’il existait très peu de données sur ses effets à long terme », explique la Dre Marie-Ève Goyer. L’OxyContin fait partie des opioïdes utilisés pour calmer la douleur, mais qui peuvent entraîner une forte dépendance. Souvent prescrits à des patients atteints de cancer, les opioïdes sont plus controversés lorsqu’ils servent à traiter la douleur chronique non cancéreuse.

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