Le fentanyl est 40 fois plus puissant que l’héroïne et 100 fois plus fort que la morphine. Il a déjà fait des centaines de morts au pays.

C’est le début de la crise du fentanyl au Québec | JDM

Source : C’est le début de la crise du fentanyl au Québec | JDM

La crise du fentanyl a débarqué préviennent plusieurs experts après sept surdoses survenues la même journée à Montréal et deux décès liés à la puissante drogue de synthèse cet été.

« Elle est là et nous ne sommes pas prêts [à y faire face] alors qu’on devrait l’être, dit Jean-François Mary, directeur de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD). La prochaine étape est que nous comptions nos morts et, à ce moment-là, on aura un constat d’échec. »

Vendredi dernier, sept surdoses sont survenues l’une à la suite de l’autre dans l’est de Montréal. Les autorités ont de forts soupçons que du fentanyl a été consommé, mais elles attendent des analyses du laboratoire afin de le confirmer. Une personne est encore hospitalisée et les autres ont pu obtenir leur congé.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme que deux personnes sont mortes d’une surdose de fentanyl en juin et en août. Ils ont recensé 10 surdoses liées au fentanyl depuis le début de l’année.

« À Montréal, ce n’est pas la même réalité que dans d’autres grandes villes du Canada, sauf que nous sommes très à l’affût. Chaque dossier lié au fentanyl devient prioritaire pour nos enquêteurs », indique Karine Paquette, commandante du centre d’enquête Est du SPVM.

PHOTO D’ARCHIVES
Alexandre Paradis, SOS Itinérance

 

Du fentanyl partout

L’an dernier, 656 personnes sont mortes en Colombie-Britannique après avoir consommé cette drogue 40 fois plus puissante que l’héroïne et 100 fois plus forte que la morphine.

« Nous nous préoccupons de la situation, mais je n’emploierai pas le terme d’urgence. Je parlerais d’une situation que nous suivons de très près », dit de son côté Noémie Vanheuverzwijn, du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Clairement, la vague venue des États-Unis et de l’Ouest du Canada est maintenant chez nous. Et s’il y a des surdoses à Montréal, c’est certain qu’il y en aura aussi ailleurs [au Québec] », constate Alexandre Paradis, président de SOS Itinérance, qui affirme être intervenu sur quatre cas de surdoses seulement cette semaine.

« On commence à en trouver partout, même dans des drogues dans lesquelles on n’en trouvait pas avant, comme le speed », poursuit-il, inquiet.

Jessica Turmel, du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP), croit que les surdoses ne peuvent « qu’aller en augmentant », rappelant qu’il ne suffit qu’un grain de fentanyl de trop pour faire une surdose.

« Même livreur »

Les présumés trafiquants soupçonnés d’être liés à sept surdoses de fentanyl en fin de semaine à Montréal ont pu recouvrer leur liberté sous caution, lundi.

« Ce sont toutes des personnes qui étaient dans des lieux différents et qui ne se connaissaient pas, mais qui avaient probablement acheté leur substance du même livreur », dit la commandante Paquette.

Mathieu Quintal, Frédérick Couture, Michel Couturier-Bujold et Jean-François Masson, qui ont entre 21 et 37 ans, ont tour à tour défilé devant une juge lundi, afin d’être libérés en attendant leur procès.

Les quatre individus sont tous accusés de possession de stupéfiant en vue d’en faire le trafic. Dans certains cas, la drogue visée est le fentanyl, mais les policiers ont aussi saisi de la cocaïne, de l’héroïne, du haschich, des métamphétamines et du cannabis.

– Avec Michaël Nguyen

LE QUÉBEC N’EST PAS PRÊT, SELON LES EXPERTS

La plupart des premiers répondants ne sont pas formés pour réagir aux cas de surdose de fentanyl et l’unique remède existant reste peu accessible, dénoncent plusieurs spécialistes.

« Ce qui est désastreux, c’est de voir que nos pompiers, nos policiers et une bonne partie de nos ambulanciers ne savent tout simplement pas comment administrer la naloxone, qui est le meilleur antidote au fentanyl, déplore Alexandre Paradis, président de l’organisme SOS Itinérance. C’est quand même incroyable, car ce sont eux qui sont appelés en premier en cas de surdose. »

La naloxone est un composé chimique qui contre les effets des opiacés comme l’héroïne ou le fentanyl. Offerte en pharmacie sans ordonnance, elle est vendue dans des trousses de secours comportant deux seringues, dont les aiguilles sont rétractables pour éviter tout risque de contamination.

Pas formés

« Aucun policier n’est formé pour l’instant », confirme Karine Paquette, commandante du centre d’enquête Est du SPVM, en précisant que des discussions à ce sujet doivent avoir lieu cet automne.

M. Paradis regrette qu’on ait attendu que les opioïdes comme le fentanyl fassent des centaines de morts aux États-Unis et dans l’Ouest canadien avant de se préoccuper de la situation ici.

« Le gouvernement n’a pas pris les choses au sérieux, tranche-t-il. On devrait former les citoyens à ce genre de situation, comme on les forme aux premiers secours. »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux indique de son côté que des formations ont déjà été données à certains ambulanciers et que d’autres pourraient suivre.

Au-delà de la formation à son utilisation, la question de l’accès à la naloxone se pose aussi.

« Il n’y a que trois pharmacies qui en vendent à Montréal, dit Alexandre Paradis. Et il faut voir les stocks ! Il y a deux semaines, toutes les trois étaient en pénurie. »

Le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins, participe à un comité réunissant des acteurs de secteurs chargés d’établir un plan anti-opioïdes à l’échelle de la province. Il pense que le gouvernement devrait prendre la mesure de l’urgence et agir rapidement.

« C’est sûr qu’un comité comme celui-ci, gouvernemental et multisectoriel, ce n’est pas très agile, explique-t-il. Mais je pense que, là, il est temps de pousser un peu la machine. »

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