La police de Vancouver a lancé une campagne de prévention en avril pour sensibiliser la population aux dangers du fentanyl. La Colombie-Britannique a recensé 922 morts causées par une surdose d'opioïdes l’an dernier.

Le Québec mesure-t-il vraiment la crise des opioïdes?

Source : Le Québec mesure-t-il vraiment la crise des opioïdes? | Le Devoir

Les médecins constatent le phénomène inquiétant, mais hésitent à resserrer les prescriptions

Le Québec a-t-il vraiment pris la mesure de la crise des opioïdes qui sévit au Canada ? La province est la seule à ne pas avoir de données permettant de dresser un portrait de la situation sur son territoire. Médecins et pharmaciens, quant à eux, hésitent encore à resserrer les règles d’accès à ces médicaments à très forte dépendance.

L’Agence de la santé publique du Canada révélait, mi-juin, que 2458 Canadiens étaient décédés de causes liées à la consommation d’opioïdes l’an dernier. Des statistiques qui n’incluaient toutefois pas le Québec. Les seules données de la province proviennent du Bureau du coroner du Québec, dont les dernières statistiques datent de 2015 : 133 décès par intoxication aux opiacés, 30 décès par intoxication accidentelle au fentanyl.

Ailleurs au Canada, provinces, villes, corps policiers et associations médicales prennent des mesures pour contrer la crise. Car le fentanyl ne tue pas seulement des consommateurs de drogues récréatives – qui sont coupées avec cet opiacé 50 fois plus puissant que l’héroïne.

Des centaines de patients, qui se sont vus prescrire un opioïde ou du fentanyl pour soulager une douleur chronique ou celle causée par une intervention médicale, en sont devenus dépendants et sont morts d’une surdose accidentelle en tentant d’assouvir cette dépendance.

L’Association médicale canadienne (AMC) s’est dotée de nouvelles lignes directrices, au mois de mai, afin de tenter de freiner l’épidémie de prescriptions d’opiacés. Le remède : réduire de trois quarts la prescription moyenne suggérée — soit 50 mg par jour de morphine, plutôt que les 200 mg que recommandaient les lignes directrices de 2010.

L’AMC déconseille en outre fortement la prescription d’opioïdes à des patients ayant déjà souffert de dépendance à la drogue ou à l’alcool.

Un contrôle, non des barrières

Au Québec aussi les prescriptions d’opiacés ne cessent d’augmenter. Entre 2011 et 2015, le nombre de nouvelles ordonnances avait progressé de 29 %, tandis que le nombre de renouvellements avait haussé de 44 %, selon des données fournies au Devoir par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Le Collège des médecins du Québec s’en dit bien conscient et se penche présentement sur ses propres lignes directrices. Mais il n’entend pas emboîter le pas à ses collègues canadiens.

« On veut plus un contrôle que mettre des barrières », affirme le président du Collège, Dr Charles Bernard.

Les médecins québécois pourraient se voir conseiller de limiter la durée de prescription d’opiacés et de faire le suivi plus rapidement avant de renouveler une prescription.

« L’objectif est de trouver une façon de contrôler et de surveiller de façon très, très stricte les médecins, mais de ne pas empêcher les patients d’avoir accès à leur médication si nécessaire », fait valoir le Dr Bernard.

Le Collège réclame à ces fins d’avoir accès en temps réel — plutôt que des mois plus tard — au registre de prescriptions de la RAMQ, afin de pouvoir identifier rapidement un médecin qui prescrit trop fréquemment ou en trop grande quantité des opioïdes à un patient. Un médecin fautif pourrait hériter d’une amende ou carrément perdre son droit de prescrire des opioïdes.

Le Dr Bernard doit rencontrer le ministère de la Santé la semaine prochaine et espère obtenir gain de cause.

Au cas par cas en pharmacie

Les pharmaciens québécois préfèrent eux aussi éviter les normes absolues, afin de s’ajuster à chaque patient. « Notre rôle comme ordre professionnel, c’est de s’assurer qu’on va avoir des mesures en place, mais mesurées, nuancées et adaptées aux patients qu’on a devant nous. Chaque patient est particulier », argue la directrice générale de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), Manon Lambert.

L’Ontario a légiféré l’an dernier en créant le « Patch for patch », qui exige de retourner un timbre de fentanyl pour en obtenir un nouveau lorsqu’on renouvelle son ordonnance à la pharmacie.

Ces timbres offrent une dose à libération prolongée, généralement sur une période de trois jours. Des timbres usagés peuvent cependant être vendus sur le marché noir. L’acheteur gratte le gel restant pour le consommer d’un coup, en le mangeant ou en le fumant.

L’OPQ songe à proposer à ses membres d’endosser la pratique lorsqu’ils la jugent appropriée, si un patient semble avoir un profile de consommation inappropriée. Mais l’ordre ne veut pas l’imposer. Encore là, on affirme vouloir éviter de priver un patient d’un médicament dont il aurait besoin et qu’il consomme sans problème.

« Si on coupe court au jugement professionnel, on crée parfois des situations pires que celles qu’on veut guérir. Dans certaines situations, les cas d’exception, tu peux agir autrement et c’est tout à fait correct », insiste Manon Lambert.

Le programme Alerte oblige par ailleurs les pharmaciens à intervenir s’ils remarquent un problème de consommation – un patient qui vient renouveler son ordonnance trop rapidement, qui achète aussi des produits contenant de la codéine, ou une prescription offrant un trop grand nombre de comprimés. Ce dernier cas peut être dénoncé au Collège des médecins.

L’OPQ surveille en outre les inventaires de narcotiques et traite six à sept cas par année de consommation de stupéfiants par ses propres membres, relate Mme Lambert.

Pas de portrait québécois

Nul n’a su expliquer à Québec l’absence d’un portrait de la crise. Le bureau de la ministre responsable de la Santé publique, Lucie Charlebois, a renvoyé la balle au ministère de la Santé, qui l’a renvoyée à l’Institut national de santé publique du Québec, qui a répliqué au Devoir qu’il fallait s’adresser au ministère.

Les seules données sont celles du Bureau du coroner du Québec, qui datent de 2015 car il faut en moyenne 11 mois pour terminer une enquête.

« J’imagine que les enquêtes du coroner dans d’autres provinces doivent prendre le même temps ? » s’est demandé le Dr Bernard, qui a « bien de la difficulté » à s’expliquer le manque de statistiques québécoises.

La frustration est partagée à Ottawa, qui a pourtant reçu des statistiques de toutes les autres provinces.

Certaines juridictions, comme la ville de Surrey au sud de Vancouver, ont carrément créé une carte interactive des appels logés au 911 pour des cas de surdoses d’opioïdes – ce qui permet de constater qu’elles se produisent non seulement dans des coins plus chauds de la ville, mais aussi dans diverses résidences où de simples patients sont tombés aux prises avec une dépendance aux opiacés.

Montréal a de son côté créé un groupe de vigie qui rassemble déjà les données des premiers répondants, du bureau du coroner et de la police, rapporte la Dre Carole Morissette, chef médicale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Pour l’instant, la métropole n’a pas constaté d’augmentation de surdoses. « Ceci dit, on n’a aucune raison de croire qu’on ne vit pas une situation comme celle dans l’Ouest canadien », prévient la Dre Morissette.

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Un commentaire

  1. Oh là là là: 922 décès à Vancouver en 2016 ??? Ce n’est pas rien quand même ??? Mais il faut aussi faire la différence entre un toxicomane et les gens qui ont vraiment besoin de ces calmants, là est toute la différence !!! Sachant que la répression ne fait qu’empirer le problème, je pense que le fait de bien suivre son patient, le médecin traitant peut se rendre compte à court ou moyen terme de la prise abusive des opioìdes. En bref, les médecins sont sensibilisés à ce fléau et sont en mesure de bien prescrire ces médicaments que les patients ont réellement besoin ! Il y a sûrement de l’abus mais il y en aura toujours !!! Et de plus, si les médecins sont trop sévères face aux prescriptions de ces médicaments, les gens se tourneront encore une fois vers l’illégalité de s’en procurer et cela ne fera qu’augmenter le nombre de décès ! C’est mon humble opinion et je la partage !!! 😉

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