Le Black Crack en Iran

Source : http://www.talkingdrugs.org/fr/le-black-crack-en-iran

Depuis des dizaines d’années, l’usage de drogues est devenu un problème de santé publique majeure en Iran, notamment dans sa capitale Téhéran. En 2006, le Bureau du Département d’État pour les affaires internationales de stupéfiants et de maintien de l’ordre déclarait dans son « Rapport sur la Stratégie internationale de contrôle des stupéfiants – 2006 », « qu’environ 3 millions d’Iraniens abusent des opiacés, dont 60 pour cent d’entre eux sont dépendants et les 40 pour cent restant sont des consommateurs occasionnels (1) ». Dans ce pays, disons, conservateur, le tiraillement entre une réponse publique répressive et une réponse sanitaire est encore plus grand que dans la plupart des autres pays. Malgré la mise en place de dispositifs de Réductions Des Risques comme des programmes d’échanges de seringues et d’aiguilles, des centres méthadones et des programmes de sevrage, les conséquences sanitaires sont encore préoccupantes. Une étude épidémiologique menée en 2010 et publiée en 2013 (2), indiquait que « les statistiques nationales montrent que l’usage de drogues par voies intraveineuses est toujours le principal mode de contamination au VIH en Iran (3). De 1986 à 2006, environ 64% de nouveaux cas de contamination au VIH ont été attribués à l’usage de drogues par voies intraveineuses ». Le taux de prévalence chez les UDVI était de 15.2% en 2010, il était de 15.3% en 2008 avec de « hauts niveaux de risques liés à l’injection et aux pratiques sexuelles ». Une étude (4) de 2007 fait état d’un taux de mortalité dû aux overdoses d’opiacés de 8,8%, à parts quasiment égales entre les overdoses d’opium et d’héroïne.

En 2011, la publication d’un recueil de photos prises par Aslon Arfa, Black Crack In Iran (5), faisait découvrir la consommation d’un produit jusque-là inconnue, du moins en occident, le Black Crack. Dans un article sur le site Rue89 (6), Aurélie Darbouret décrit la rencontre d’Aslon Arfa avec le Black Crack en 2007, « le crack d’Iran n’avait que quelques années. À la différence du crack consommé dans les pays européens, celui d’Iran n’est pas dérivé de la cocaïne, mais de l’héroïne ».

Et c’est bien ça qui questionne. Dans nos pays occidentaux, la seule référence au crack est celle de la cocaïne base et personne n’avait jamais entendu parler d’un moyen de baser l’héroïne. Est-ce que ce produit est effectivement à base d’opiacés ? Si oui, lesquels ? Quelle est la composition exacte de ce produit ? Est-il vraiment possible de baser l’héroïne ? La brune ? La blanche ? Cela a posé beaucoup de questions pour très peu de réponses.

Dans un sujet consacré au black crack sur un forum spécialisé (7), un internaute cite un passage du livre d’Aslon Arfa dans lequel est décrit un procédé de fabrication. « Tout d’abord, l’héroïne est mélangée à de l’eau et bouillie. Puis elle est distillée. La substance est ensuite passée à travers un tuyau où elle perd graduellement de sa chaleur. Lorsqu’elle atteint la fin du tuyau, cela s’est transformé en quelque chose qui s’est cristallisé. Bien sûr, très certainement d’autres substances sont ajoutées pour l’aider à cristalliser, comme du bicarbonate de soude. Des comprimés ou produits chimiques peuvent aussi être ajoutés ». Un autre internaute du forum écrit que le black crack « semble être un terme utilisé pour décrire une héroïne compressée en une forme caillouteuse, la pureté de l’héroïne utilisée est déclarée comme étant “d’une plus grande pureté” que l’héroïne iranienne normale ». Cela semble confirmer une déclaration du gouverneur adjoint en charge des affaires politiques et de sécurité de Téhéran, Abdullah Roshan, au journal Aftab-i Yazd en 2007 indiquant que « le prix pour de l’héroïne compressée (crack) a chuté et que celle-ci supplante l’héroïne classique en tant que drogue de choix des consommateurs (8) ».

En 2010, une première étude est publiée concernant l’analyse de 22 échantillons de black crack (9). Elle conclut que « la diacétylmorphine (héroïne) a été retrouvée dans 21 des 22 échantillons analysés en utilisant la méthode de chromatographie sur couche mince CCM. Par-dessus, de la morphine, de la codéine, de la caféine, de la noscapine, de la papavérine, de la dextromethorphane et de l’acétyle codéine ont été découvert dans les échantillons utilisant la méthode de chromatographie en phase gazeuse avec spectrométrie de masse (CG/SM) ». Elle précise qu’une « héroïne de pureté relativement élevée est le principal constituant des drogues illicites de rue dénommées “crack” en Iran » et qu’il est nécessaire d’améliorer les connaissances « sur la vraie nature de cette drogue illicite et de ses effets indésirables ».

Très récemment, en hiver 2014, une étude (10) est venue confirmer les précédentes analyses, dont voici la traduction de l’abstract :

« Le crack iranien est une nouvelle forme de substance narcotique qui a trouvé une large prévalence en Iran au cours des dernières années. Ce crack ne ressemble que nominalement au crack-cocaïne de même qu’il diffère largement dans ses signes cliniques. Ainsi, la présente étude a pour but de quantifier la composition chimique de cette drogue.

La collecte comprenait 18 échantillons de crack provenant de différentes zones de Téhéran, Iran. Tous les échantillons étaient sous la forme d’une substance crème compacte poudreuse inodore. Les méthodes CCM (Chromatographie sur Couche Mince) et CLHP (Chromatographie en phase Liquide à Haute Performance) ont été utilisés pour effectuer respectivement une analyse semi-quantitative et quantitative des composants.

L’analyse par CCM n’a montré aucun composé de cocaïne dans les échantillons alors qu’ils ont tous révélé contenir de l’héroïne, de la codéine, de la morphine et de la caféine. Tous, sauf deux échantillons contenaient de la thébaïne. Aucun des échantillons ne contenait des amphétamines, des benzodiazépines, des antidépresseurs tricycliques, de l’aspirine, des barbituriques, du Tramadol et de la buprénorphine. L’acétaminophène a été retrouvé dans quatre échantillons. La CLHP a révélé que l’héroïne est la substance de base dans tous les échantillons et la plupart contenaient une quantité importante d’acétylcodéine. La présente analyse de la composition chimique de crack a montré que cette substance est un stupéfiant à base d’héroïne, qui est fondamentalement différent du crack-cocaïne base utilisé dans les pays occidentaux. Des études comme celle-ci à différents moments dans le temps, en particulier lorsque les signes cliniques anormaux sont détectés, peuvent révéler la combinaison chimique de la substance cible et contribuer à la prise en charge clinique lors d’intoxication aiguë ou chronique ».

(L’intégralité de l’étude en anglais est disponible en téléchargement ici ou plus bas sur cette page).

Bien que ces différentes analyses confirment la nature opiacée du produit, il reste encore bon nombre de questions en suspens, notamment sur sa préparation. Bien que l’injection semble être privilégiée, quels sont les autres modes de consommations possibles ? En l’occurrence l’appellation « crack » semble plus être due à sa forme caillouteuse qu’au mode de consommation fumé du crack-cocaïne occidentale, même s’il existe une consommation fumée. Évidemment, des données sur les conséquences sanitaires (effets, risques, etc.) spécifiques liées à la consommation de ce produit doivent être apportées.

Voir aussi

USA : Marijuana sellers undeterred by threat of federal prosecution

Source : https://www.usatoday.com/story/news/2018/01/05/marijuana-sellers-undeterred-threat-federal-prosecution/1008483001/ Defiant marijuana entrepreneurs and investors are shrugging off threats of heightened federal ...

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