Ceux que les conservateurs veulent faire taire (prise y): le Réseau juridique canadien VIH/sida

Source : Le blog de Manon Cornellier

Trop militant, le Réseau juridique canadien VIH/sida? Il faut croire que oui aux yeux de Santé Canada. Le ministère a rejeté 16 des 20 projets que l’organisme lui avait présentés cette année, nous apprenait le Globe and Mail cette semaine.

La raison invoquée pour 15 de ces refus était la crainte qu’une partie des fonds serve à faire pression sur le gouvernement. «It was unclear from the details provided in the proposal whether the resource would be used for advocacy purposes, which is ineligible for funding», a-t-on écrit à l’organisme en avril.

Retenez le mot «advocacy», qui n’a pas d’équivalent clair en français. En anglais, on parle d’«advocacy» quand un groupe fait pression auprès des gouvernements, met de l’avant des propositions de politiques publiques, défend les droits d’un groupe de citoyens ou encore fait du lobbying en faveur de sa cause. Et ça, l’«advocacy», le gouvernement Harper ne supporte pas.

Le réseau avait senti le vent tourner depuis quelques temps, mais les multiples refus l’ont surpris. Après tout, sa mission est la même depuis 20 ans et Ottawa a toujours assuré une large part de son financement. «Nous travaillons à façonner un monde où les droits humains des personnes vivant avec le VIH/sida et autrement affectées par l’épidémie seront respectés, protégés et pleinement appliqués; et où les lois et les politiques favoriseront les efforts de prévention du VIH ainsi que les soins, les traitements et le soutien aux personnes touchées», lit-on sur lesite Internet du réseau. Difficile d’être plus clair.

En réponse aux questions du Globe and Mail, Steve Outhouse, porte-parole de la ministre de la Santé, a indiqué que le réseau pouvait recevoir des fonds, mais pas à des fins d’«advocacy». «Nous ne croyons pas qu’il soit approprié de financer des groupes qui font ensuite du lobbying auprès des gouvernements fédéral ou provinciaux. Nous pensons qu’un meilleur usage de l’argent des contribuables est de financer des programmes qui permettent la réalisation des objectifs établis du gouvernement», a-t-il dit.

M. Outhouse a précisé que cette politique s’appliquait à tous les programmes de subvention du ministère, mais était plus explicite dans le cas des programmes pour le VIH/sida car les groupes de ce secteur auraient un plus fort penchant vers l’«advocacy».

Le gouvernement veut que les groupes contribuent à mettre en œuvre ses politiques. D’accord, mais défendre les droits fondamentaux des personnes porteuses du VIH ou atteintes du sida devrait aussi être un objectif du gouvernement. Par conséquent, il devrait volontiers financer les activités destinées à faire la promotion de ces droits auprès des élus et à alerter ces derniers des impacts possibles de leurs politiques.

Le Réseau VIH/Sida n’est pas le premier à faire les frais de cette aversion du gouvernement conservateur envers les groupes de pression qui ne pensent pas comme lui. Les groupes de femmes ont été les premiers à en payer le prix. Dès 2006, le Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes a perdu son financement de Condition féminine Canada pour des raisons similaires au Réseau.  Or, c’est à travers son action politique que le Fonds, en conjonction avec d’autres groupes, a réussi au début des années 1980 à faire inclure le droit à l’égalité des femmes dans la Charte des droits et libertés.

Des groupes d’aide au développement international ont aussi vu leur budget amputé ou leurs projets refusés sous prétexte qu’ils consacraient une partie de leurs ressources à faire de l’«advocacy». Des groupes environnementaux ont subi le même sort.

Le gouvernement ne veut tellement pas que les groupes osent poser des gestes ou prennent des positions de nature politique qu’il a prévu dans le dernier budget des 8 millions $ pour permettre à l’Agence du revenu de surveiller de plus près les organismes de charité et ainsi s’assurer qu’ils respectent les limites à l’action politique inscrites dans la loi.

Mais où commence l’action politique et où finit l’action charitable? Ce n’est pas tranché au couteau. On ne peut aider les itinérants, les femmes battues, les démunis sans en venir à identifier les lacunes des programmes et des lois, ni avoir des idées de solutions à faire valoir auprès des élus.

Le plus triste dans tout cela est l’effet paralysant qu’ont ces politiques sur la prise de parole de plusieurs groupes. Pour conserver leur précieux financement, certains dirigeants d’organismes avouent en privé se montrer plus timides et moins loquaces.

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Un commentaire

  1. Imaginez si un organisme aussi grand et crédible au niveau national ET international que le Réseau juridique canadien pour le VIH-sida se voit refuser 15 projets sur 20, et cela, clairement en TOUTE MAUVAISE FOI, qu’en sera-t-il des plus petits groupes?!!! Depuis que M.Harper est au pouvoir, ce sont les efforts et le travail de milliers d’organismes et de personnes qui est complètement détruit. Seulement dans le domaine de la Réduction des méfaits, les conséquences des politiques fédérales nous ont fait reculer de plus de 20 ans en arrière ( La Réduction des méfaits qui, soit dit en passant est devenue une expression totalement tabou sous le régime Harper, et qu’il ne faut surtout pas prononcer si on veut recevoir du financement!!!). Le réseau juridique défend depuis plus d’une vingtaine d’années les droits des canadiens qui, en plus d’être au prises avec le VIH, doivent se battre au quotidien contre les préjugés qui existent encore (ne vous y détrompez pas…même en 2012) dans plusieurs aspects de leur vie, notamment, dans leur milieu de travail. Mais, soudainement, des projets du Réseau juridique qui étaient jugés « acceptables » par le gouvernement pendant toutes ces années, ne le sont plus et perdent leur financement…Je m’inquiète pour la défense des droits des personnes qui vivent avec le VIH (PVVIH), mais aussi pour les usagers de drogues (UD), les femmes, les personnes ayant un faible revenu, etc. Car actuellement, les différents organismes communautaires sont ceux qui offrent tous les services que le réseau de la santé et les autres ressources subventionnées par le gouvernement n’offrent pas. Et croyez moi,de plus en plus de personnes ne répondent plus aux nombreux critères demandés pour avoir accès aux services des institutions gouvernementales. Vers qui se tournent les gens pensez-vous? Vers les organismes communautaires, auxquels on coupe de plus en plus les subventions, mais à qui on demande de plus en plus d’élargir leur services, sans toutefois les financer…..Le Canada, le plus beau pays du monde ? Un pays qui véhicule des idées d’ouverture d’esprits et de liberté d’expression? Laissez moi rire. Mais, c’est pas parce que je ris que c’est drôle. Au contraire…je trouve ça de plus en plus épeurant ……..

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