Médecin du monde et les SIS

Médecins du Monde Canada déplore l’inaction des instances gouvernementales au sujet des sites d’injection supervisée et surtout la volte-face du gouvernement libéral québécois survenu après avoir d’abord soutenu leur mise en place. À titre d’organisme d’aide humanitaire œuvrant depuis 1999 auprès des utilisateurs de drogue injectable dans le cadre de son Projet Montréal, Médecins du Monde Canada presse les partis politiques actuellement en campagne électorale de se positionner en faveur de sites d’injection supervisée.
La recherche scientifique démontre que les sites d’injection supervisée réduisent la propagation des infections comme le VIH et l’hépatite C, puis, contrairement aux croyances et aux arguments entendus, n’incitent pas à la consommation des drogues ou à son trafic. De plus, et notre pratique sur le terrain nous le démontre, en offrant aux usagers des services généraux de santé sans jugement et un accès non menaçant aux traitements, on favorise l’inscription aux programmes de désintoxication. Une étude sur le site d’injection supervisée Insite à Vancouver, menée par des chercheurs de l’University of Western Ontario et publiée dans l’édition du 18 novembre 2008 du Canadian Medical Association Journal suggère l’efficacité de la formule. En retenant uniquement l’effet de la réduction du partage d’aiguilles, Insite permettrait, sur une période de dix ans, de sauver 920 années de vie et d’économiser 14 millions de dollars en frais de santé associés aux infections par le VIH et l’hépatite C, contractées par le partage des seringues. De nos jours, on estime à 150 000 dollars les coûts à vie des traitements médicaux directs d’une personne vivant avec le VIH.
Pourtant, les programmes d’échanges de seringue voient actuellement leurs subventions diminuer et les sites d’injection supervisée sont remis en question au sein des programmes de santé publique au pays. Aujourd’hui, Insite, qui était toléré pour fins de recherche scientifique, risque de fermer et le gouvernement du Québec actuel a mis en veilleuse son intention d’appuyer des sites similaires au Québec. Médecins du Monde Canada est d’avis qu’en plus d’être inefficaces, les stratégies répressives envisagées à Ottawa sont très coûteuses et augmentent le nombre de personnes emprisonnées pour crimes non violents. Les stratégies visant la réduction des méfaits sont, en revanche, beaucoup plus efficientes.
En ces temps de pénuries et d’incertitudes, il est essentiel que l’allocation des ressources financières et professionnelles soit basée sur les meilleures évidences scientifiques. C’est pourquoi Médecins du Monde Canada demande au Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec de soutenir les centres de distribution de matériel propre d’injection, un plus grand accès à la désintoxication, les programmes de traitement à la méthadone et les équipes mobiles assurant un suivi dans la communauté. Enfin, nous pressons le gouvernement du Québec de s’engager à poursuivre l’expérience des sites d’injection supervisée.
Les programmes de santé publique ne doivent pas céder aux réactions émotives de dégoût et de stigmatisation que génèrent les toxicomanes. En plus de l’efficacité des mesures de réduction des méfaits en terme froidement économique, Médecins du Monde Canada croit que les utilisateurs de drogues ont aussi droit à des soins appropriés et empreints d’humanité.
Nicolas Bergeron
Psychiatre et président de Médecins du Monde Canada

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