Nouveau médicament contre l’hépatite C

L’arrivée d’un nouveau médicament qui double les chances de guérison des personnes ayant contracté l’hépatite C se réjouit Laurence Mersilian, qui a été contaminée par transfusion sanguine lors d’une césarienne, en 1982. «On sort de l’âge de pierre, a-t-elle mentionné. Ça va révolutionner le traitement de l’hépatite C.

En effet, c’est un grand espoir de guérison (deux fois plus grand qu’avant) pour les 28 000 Québécois porteurs du virus. C’est cela que représente l’approbation, par Santé Canada, de ce nouveau médicament très efficace contre cette maladie sournoise.

« Ce n’est rien de moins qu’une petite révolution qui est train de s’opérer dans le traitement de l’hépatite C. Ça fait 20 ans que je travaille dans ce domaine et c’est la première fois qu’on a une avancée majeure, avec l’arrivée du bocéprévir comme inhibiteur de protéase.» a dit hier le Dr Marc Poliquin, de la clinique L’Actuel de Montréal, lors d’une entrevue avec le journal la Presse.

Dans les cas où le nouveau médicament est utilisé avec le traitement standard, il double les chances d’éliminer le virus chez les patients n’ayant auparavant jamais été traités. De plus, il triple le taux de réponse des patients qui avaient précédemment échoué un traitement, selon deux études publiées dans The New England Journal of Medicine. «On va passer d’environ 40% à 70% de taux de guérison, pour un génotype 1» prévalant au Canada, s’est réjoui le Dr Poliquin.

«C’est une merveilleuse nouvelle, on attend ça depuis très, très longtemps», a indiqué Laurence Mersilian. Ce n’est que 20 ans plus tard, après avoir vécu avec une grande fatigue, qu’elle a été diagnostiquée comme porteuse du virus de l’hépatite C. «Mon foie était aussi abîmé que celui d’une personne alcoolique, alors que je n’aimais pas l’alcool», a-t-elle dit.

Un virus transmissible par le sang, l’hépatite C cause l’inflammation du foie, et peut aller jusqu’à développer la cirrhose ou le cancer du foie. De 15% à 25% des personnes vivant avec la maladie s’en remettent éventuellement, selon Santé Canada, mais les 75% à 85% restants contractent la forme chronique de la maladie, parfois sans le savoir, la progression pouvant être lente.

Mme Mersilian, qui a fondé le Centre d’aide aux personnes atteintes de l’hépatite C, a réussi à guérir sans bocéprévir. «J’ai été vraiment chanceuse mais le traitement était extrêmement difficile», a-t-elle souligné. Diarrhée, perte de cheveux, anémie, fatigue sont parmi les effets secondaires du traitement, durant presque un an.

Le nouveau médicament permet de réduire la durée du traitement à 20 semaines. «On va réussir, pour une majorité de patients qui n’ont jamais été soignés pour une hépatite C, à les traiter non pas en 48 semaines, mais en 28 semaines», a dit le Dr Poliquin.

Reste à savoir quand les patients pourront profiter du nouveau traitement au Québec. Commercialisé sous le nom de Victrelis par Merck, ce médicament coûte… 1050$ par semaine. «Nous attendons la décision de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour en savoir davantage sur le remboursement de Victrelis au Québec», a indiqué Josée Brisebois, directrice des affaires médicales chez Merck Canada. C’est l’INESSS qui recommande la couverture d’un médicament par le régime public.

Cela ne se fera probablement pas avant février, a indiqué Maggie Charest-Poulin, conseillère en communication à l’INESSS. Hier, le Victreslis ne figurait pas encore dans la liste de médicaments en cours d’évaluation. «On n’a rien reçu», a dit la porte-parole.

N.B : Ce nouveau médicament, le bocéprévir, n’est pas destiné à devenir un remplaçant des médicaments actuellement utilisés. En effet, il faut prendre ce nouveau médicament en complément au traitement actuel composé d’un comprimé de ribabirine par jour et d’une injection d’interferon à chaque semaine. Pour votre information, voici un tableau expliquant la durée du traitement et le taux de réussite pour chaque différent génotype de l’hépatite C sans traitement incluant le bocéprévir:

Génotype 1 (60% des patients) Environ 48% de réussite 48 semaines de Rx
Génotype 2 Environ 88% de réussite 24 semaines de Rx
Génotype 3 Environ 88% de réussite 24 semaines de Rx
Génotype 4 Environ 48% de réussite 48 semaines de Rx

Source des statistiques : CAPAHC, février 2006

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