Le Portugal célèbre le dixième anniversaire de la décriminalisation des drogues

Tout le monde sait que la guerre contre la drogue est un échec. Malgré plus de 40 milliards de dollars dépensés chaque année aux États-Unis seulement et 500 000 personnes derrière les barreaux pour des « crimes » liés à la drogue, les substances restent aussi accessibles que toujours. Mais quelle est notre alternative? Qu’arriverait-il si une société décidait de traiter l’usage de drogues comme un enjeu de santé et non un enjeu criminel? Si nous arrêtions d’utiliser l’outil futile qu’est la force pour faire diminuer la consommation de drogue? Si nous décidions de décriminaliser les drogues, pas simplement la marijuana, mais toutes les drogues comme l’héroïne, la cocaïne et le crystal meth.

Nous avons entendu les scénarios d’horreur que les opposants à une réforme de la politique de la drogue récitent sans arrêt : plus d’addiction, plus de familles brisées et une escalade du crime et de la violence.

De l’autre côté, les défenseurs de la décriminalisation ou de la régulation légale disent que nous serions beaucoup mieux si nous ne criminalisions pas des problèmes de santé publique. Ils préconisent une meilleure éducation, prévention et aussi un meilleur encadrement pour le traitement plutôt que d’envoyer en prison des gens qui ne font de mal à personne avec leur consommation de drogues.

Quel camp a donc raison? Vous pourriez être surpris d’entendre que les arguments des défenseurs de la décriminalisation ne sont plus seulement des hypothèses maintenant. En effet, le Portugal a décriminalisé toutes les drogues il y a de cela 10 ans et les résultats sont les suivants : moins de jeunes usagers, baisse du nombre de cas d’overdose et d’infection au VIH/SIDA, moins de crime, réduction des dépenses en justice criminelle, meilleur accès aux traitements et une communauté plus sécuritaire et également en meilleure santé.

Le 1er juillet était le 10e anniversaire de la décriminalisation de l’usage de la drogue. En 2001, le Portugal a décriminalisé la possession de petites quantités de n’importe quelle substance « illégale ». Avoir de petites quantités sur soi n’est plus un délit criminel. C’est toujours contre les règles; cela ne vous mettra pas en prison pour autant. C’est un délit civil (comme une contravention). Le Portugal continue toutefois à punir la vente et le trafic des substances illicites.

Dans la politique soigneusement ré-imaginé du Portugal, les officiers de police donnent des citations (mais n’arrêtent pas) les personnes prises avec de petites quantités de substances illégales. Les personnes qui reçoivent ces citations doivent passer devant le « comité de dissuasion», un groupe administratif qui opère en dehors du système de justice criminelle. Ce groupe, avec deux professionnels de la santé et un professionnel juridique, examine les circonstances individuelles et détermine si on doit référer la personne à un centre de traitement, lui imposer une amende ou toute autre pénalité non-criminelle.

La décriminalisation au Portugal aide beaucoup à réduire les stigmates autour de l’usage de la drogue (sans l’augmenter) et rend l’usage de la drogue beaucoup moins difficile à discuter politiquement. Cela encourage une meilleure collaboration entre les fournisseurs de services et les forces de l’ordre. Cela permet également à ces derniers de se concentrer sur le trafic à grande échelle ce qui a conduit à une augmentation des saisies de quantités commerciales de drogue.

Le Tsar de la drogue aux États-Unis est bien au courant de la politique du Portugal envers les drogues mais ne vous attendez pas à ce qu’il reconnaisse son succès. Au lieu de cela, nous continuons à mener notre guerre ingagnable. Le 17 juin était le 40e anniversaire de la guerre états-unienne contre la drogue, une approche punitive du système de justice qui a couté plus d’un trillion de dollars, qui a donné aux États-Unis le titre de champion du monde pour le nombre de citoyens emprisonnés, qui a échoué à réduire le nombre d’usagers de drogue, qui a laissé des centaines de milliers de personnes mourir d’une overdose et d’infections au VIH/SIDA et qui a créé des inégalités raciales qui sont plus grandes que celles d’Afrique du Sud sous le joug de l’Apartheid.

Notre guerre contre la drogue depuis 40 ans est une preuve d’échec. Le Portugal est un exemple d’une alternative efficace. Il est grand temps d’avoir une stratégie pour sortir de cette guerre qui est notre plus longue ainsi que notre plus couteuse.

Article original (en anglais) : http://tinyurl.com/4xsnbvg

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Portugal’s radical drugs policy is working. Why hasn’t the world copied it?

Source: Portugal’s radical drugs policy is working. Why hasn’t the world copied it?|The Guardian Since it ...

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