Torture dans les centres de traitement de certains pays

Les gens identifiés comme des usagers de drogue (U.D) dans plusieurs pays sont enfermés abusivement dans des centres de détention pour les toxicomanes pour des mois ou même des années selon deux rapports publiés aujourd’hui par The Campaign to Stop Torture in Health Care. Les centres de ce type sont supposément mandatés à traiter et réhabiliter les usagers de drogue mais le « traitement » que ces derniers reçoivent va dans certains cas jusqu’à la torture ou d’autres punitions cruelles, inhumaines ou dégradantes toujours selon cette campagne formée de la Open Society Foundations, Human Rights Watch, le réseau juridique canadien VIH/sida et Harm Reduction Internationnal.

Les personnes retenues prisonnières dans ces centres se voient refuser des soins médicaux efficaces et scientifiquement prouvés et sont plutôt sujets à de la violence physique et sexuelle, des travaux forcés ainsi que des expériences médicales involontaires selon le groupe. Le premier rapport, long de 36 pages, intitulé Treated with cruelty: Abuses in the Name of Drug Rehabilitation, compile des témoignages de détenus venants de Russie, de la Chine, du Cambodge et du Mexique. Le deuxième rapport, celui-là comprenant 64 pages, nommé Treatment or Torture? : Applying International Human Rights Standards to Drug Detention Centers, nous fait part des multiples formes d’abus que l’on retrouve fréquemment dans les centres de détention pour toxicomanes et montre comment ces pratiques constituent dans plusieurs cas de la torture ou au minimum des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cela est une violation des traités des droits humains fondamentaux ratifié massivement par la plupart des nations à travers le monde.

« Il existe des solutions éprouvées pour faire face à la dépendance à la drogue tout en protégeant les droits humains, » dit Rebecca Schleifer, directeur à la santé et à la défense des droits humains pour Human Rights Watch et co-auteure de Treatment or Torture? « Battre quelqu’un, le mettre aux travaux forcés et l’humilier ne sont pas des solutions. Ces centres doivent être fermés et un traitement efficace et volontaire doit être fourni en remplacement.»

Ces rapports ont étés publiés le 24 juin 2011 pour qu’ils soient disponibles le 26 juin, qui est la Journée Internationale contre l’abus de drogue et le trafic illégal et également la Journée de support aux victimes de la torture.

Les agences internationales de la santé et du contrôle de la drogue (y compris l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, ONUSIDA et l’organisation mondiale de la santé) endossent des services de traitement des toxicomanes complets et prouvés efficaces. Cela inclus de la thérapie assistée par médication – par exemple, avec de la méthadone ou de la buprénorphine dans le cas de la dépendance aux opioïdes – pour protéger la santé et les droits humains des usagers de drogue.

Et pourtant, les centres de réhabilitation offrent rarement des traitements qui entrent dans ces standards. Selon le pays, les centres de «réhabilitation» consistent d’exercices militaires, de travaux forcés, de rééducation psychologique et morale ou encore de châtiments physiques. Même les personnes cherchant volontairement de l’aide sont exposées à ces formes de «traitement» tout comme celles qui sont envoyées dans les centres par leurs proches.

En Chine, par exemple, autant que 500 000 personnes sont emprisonnées dans des centres de détention pour toxicomanes où elles peuvent être retenues pendant un total maximum de 6 ans sans aucun procès. Les traitements consistent à faire du travail forcé non payé et de la rééducation psychologique et morale. Les exemples donnés comportent de la marche en formation, des exercices répétitifs et la récitation par cœur de slogans comme « L’utilisation de drogue est une mauvaise chose, je suis mauvais ». Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture dit que le système chinois de « rééducation par le travail » dans les prisons et autres institutions peut être considéré comme une forme de traitement inhumain ou dégradant ou comme de la torture mentale.

« Forcer les gens à utiliser des traitements non efficaces et inhabituels – ou encore pire, leur faire subir de l’abus mental et physique et appeler cela un traitement – voile toute une série de droits humains internationaux que les gouvernements sont tenus légalement de respecter, » dit Richard Elliott, directeur exécutif du Réseau juridique canadien VIH/sida. « Torturer des gens au nom des soins de santé est une marque de honte pour tous les gouvernements qui permettent ou encouragent activement de telles pratiques. »

Les traitements forcés contre la drogue restent populaires même face aux preuves d’abus selon la campagne. Des gouvernements en dehors de l’Asie ont commencé à adopter de tels centres pour les utilisateurs de drogue, malgré l’absence de preuve qu’ils fonctionnent pour traiter la dépendance à la drogue.

« Plusieurs personnes sont détenues dans ces centres sans évaluation clinique simplement parce qu’il ont eu un test d’urine positif ou encore parce que le gouvernement veut  »nettoyer les rues » des sans-abris et des pauvres, dit Roxanne Saucier de la Open Society Foundations, qui a édité les deux rapports. « Détenir des personnes dans des enclos et des camps de travaux forcés n’est pas une façon efficace de faire face à la pauvreté et à la toxicomanie. »

Présentement en Russie, le traitement pour la toxicomanie est souvent laissé dans les mains de compagnies privées sur lesquelles les citoyens n’ont aucun contrôle. Par exemple, la fondation privée City Without Drugs qui possède des installations à travers le pays, entasse jusqu’à 50 personnes en même dans une pièce, pour les menotter à leur lit et les nourrir d’un régime de pain et d’eau. Ces centres reçoivent l’appui du public ainsi que du gouvernement malgré la preuve de pratiques abusives, y compris la détention illégale.

« Les gouvernements devraient supporter des politiques nationales sur la drogue pour assurer l’accès à un traitement prouvé efficace scientifiquement, » dit Rick Lines, directeur de Harm Reduction International. «Ils devraient également protéger tout le monde – en incluant les utilisateurs de drogue – de la torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants. Cela veut dire d’arrêter la torture et les autres formes d’abus commises au nom de la santé. »

Article original (en anglais) : http://www.hrw.org/en/news/2011/06/24/global-torture-drug-treatment-detention

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