Paris se prononce pour l’ouverture d’une salle de consommation de drogue

Le conseil de Paris a voté, mardi 19 octobre, en faveur de l’ouverture d’au moins un centre de consommation à moindre risque pour usagers de drogues. « Cette initiative devra s’entendre comme une expérimentation validée par l’Etat et construite en collaboration étroite avec l’Agence régionale de santé, la préfecture de Police, les associations, les riverains et les élus concernés », précise le texte proposé au vote.
Ces salles, qui font l’objet d’un vif débat depuis l’été en France, ont pour but d’assurer aux drogués des conditions de consommation plus hygiéniques, et aussi d’atteindre les toxicomanes les plus précaires qui échappent jusque-là à tout suivi médical et social, et de les inciter à se soigner. Elles s’inscrivent dans le cadre de la politique de réduction des risques, qui comporte déjà l’échange de seringues ou la délivrance de produits de substitution.
Paris est la première ville à organiser un vote sur ce sujet ultra-sensible. Sa décision fait suite à la participation d’élus parisiens de tous bords à un séminaire mené par l’association Elus, santé publique et territoires, qui a rendu des recommandations en faveur de l’expérimentation fin septembre. Et à un constat local : les dispositifs de suivi des toxicomanes déjà mis en place « ne règlent hélas pas tous les problèmes », selon le texte, qui relève l’émergence dans certains quartiers du nord-est de scènes ouvertes fréquentées par des usagers désocialisés et en grande précarité, et le fort taux de contamination par l’hépatite C.
Des sujets jugés problématiques aussi bien pour les toxicomanes eux-mêmes que pour les riverains. Le Parti communiste s’est prononcé pour une ouverture, rappelant que les expériences étrangères avait fait la preuve de l’amélioration de l’état de santé des toxicomanes, et « qu’aucun pays n’a fait marche arrière ». « Certains décident de fermer les yeux, nous nous choisissons d’agir », a déclaré Alain Lhostis, conseiller de Paris (PCF), et ancien président délégué du conseil d’administration de l’AP-HP.
UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE
Les Verts ont également voté pour, qui estiment nécessaire la création non pas d’une mais de deux ou trois salles pour éviter d’avoir à gérer l’afflux. Rappelant que les écologistes plaident depuis 2004 pour ces structures, Véronique Dubarry s’est montrée ravie de « l’évolution des mentalités ».
Le Nouveau Centre s’est abstenu, mais Catherine Bruno a expliqué l’intérêt qu’elle porte, sur le fond, à ces structures : « il ne saurait y avoir de laissés pour compte de la santé publique », a-t-elle plaidé, décrivant « un problème de société qui impose de reléguer au second plan tout électoralisme ».
Comme prévu, seule l’UMP s’est vivement opposée à la proposition de l’exécutif. Ainsi Philippe Goujon, maire du 15e, a rappelé la position du premier ministre, qui a jugé en août la mise en place de telles salles ni utile, ni souhaitable. L’élu a dénoncé des risques « de hausse de consommation et de banalisation de la drogue », ainsi que d’affaiblissement de la politique de lutte contre la drogue du gouvernement.
Si le maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), qui avait appelé « à innover et adopter de nouvelles méthodes », s’était félicité à plusieurs reprises de la qualité et de la sérénité des débats, son constat n’a pas tenu jusqu’à la fin. Avec l’intervention de Daniel Vaillant (PS), mairie du 18e, le ton est monté d’un cran : « l’irresponsabilité, donc le laxisme, est du côté de ceux qui prônent le statu quo », a-t-il lancé à Philippe Goujon.
Jean-Marie Le Guen, adjoint à la santé et porteur du projet, a enfoncé le clou. « Ce qui nous différencie de vous, c’est que nous pensons que les problèmes de toxicomanie relèvent de la santé publique, et pas de la morale », a-t-il estimé, sous les huées de l’opposition.
Sur un tel sujet, une discussion paisible aurait été une grande surprise.
pour Le Monde.fr | 19.10.10 | 13h25 • Mis à jour le 19.10.10 | 13h52

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